Chers Amis,

Enfin libres ! L’épidémie continue de régresser rapidement partout en Europe. Le déconfinement progresse de façon accélérée. C’est le cas aussi en France. Nous devons tous nous en réjouir. Les nouvelles mesures annoncées hier soir par le Premier ministre vont dans le bon sens. Elles auraient pu être plus rapides et plus cohérentes, le plan d’ensemble plus clair et mieux structuré. Il faut maintenant agir vite. L’urgence est double : économique et sociale d’une part, politique d’autre part. Après deux mois et demi d’obscurantisme, le temps est venu de retrouver la lumière et d’assurer le redressement de la France.

La bataille de la reprise reste à gagner et avec elle celle de l’emploi. Si le rebond est actuellement fort, lié au dégonflement rapide du réservoir de commandes et de dépenses reportées pendant les deux longs mois de confinement strict, l’inquiétude des chefs d’entreprise est forte concernant la situation qui prévaudra à la rentrée. La multiplication des plans de licenciement, en complément des très mauvais chiffres du chômage qui viennent d’être publiés, est susceptible de peser lourdement sur l’opinion des consommateurs, comme des dirigeants, et de paralyser leurs décisions d’achat et d’investissement. La confiance sera le facteur clef. C’est pour cela qu’il est décisif que l’exécutif présente un plan clair et prenne les bonnes décisions, sans plus trembler.

Pour restaurer la confiance, il est également impératif que le pouvoir mette un terme à l’activisme fiscal de certains membres de la majorité et à leurs élucubrations anxiogènes. Je comprends que les annonces publiques quotidiennes de nouvelles dépenses, en milliards d’euros, non financées, donnent le vertige. Comme l’a reconnu le ministre de l’Economie et des Finances mardi dernier, les deux mois de confinement strict décidé par l’exécutif français ont déjà coûté plus de 450 milliards d’euros et 10 points de PIB. Mais le matraquage fiscal n’est pas la solution. Comme l’ont démontré les deux premières années du quinquennat Hollande, il nous mènerait au contraire à la faillite. Ce n’est pas par la fiscalité, mais par le travail que nous tirerons le pays de l’ornière. Il faut dire la vérité aux Français. Il nous revient maintenant de choisir entre travailler plus ou nous appauvrir !

Cet arbitrage est décisif. Il l’est d’autant plus que la vigueur du rebond sera inversement proportionnelle à la rigueur et à la longueur du confinement imposé, comme vient de le confirmer l’étude d’Oxford Economics. Les analyses de l’institut en attestent. La France est, au sein de l’Union, la nation qui a appliqué le confinement strict le plus long. Les mesures prises nous placent sur la même trajectoire que l’Espagne et l’Italie. C’est pour cela que notre pays devrait être l’un des plus lents à rebondir si  nous ne faisons rien pour accélérer le redémarrage. Cela suppose aussi de sortir de l’approche technocratique qui nous a tant coûté depuis le début de la crise sanitaire. Dans cette perspective, la mise en place hier d’une énième commission, économique cette fois, après le désastre du conseil scientifique, et la nomination de Nicole Notat à la tête de la Commission Ségur, en reproduisant l’erreur de casting Jean-Paul Delevoye pour la défunte réforme des retraites, sont deux mauvais signes donnés aux Français qu’il convient de corriger.

Pour accélérer la reprise, il sera essentiel aussi de faire levier sur l’Union européenne. Le plan annoncé mercredi, dont la négociation avec les pays frugaux reste à gagner, contient des éléments positifs. Mais la France y contribuera plus qu’elle n’en profitera du fait de son statut de grand pays, présumé riche. C’est donc bien plutôt sur la coordination, avec nos partenaires, des plans de déconfinement et de relance que nous devons compter.

Cela suppose aussi de sortir des postures qui paralysent l’Europe depuis trop longtemps. La France mérite notre patriotisme. Mais les déclarations présidentielles mardi, accompagnant la présentation du plan de soutien à l’industrie automobile et affirmant la volonté de devenir la première nation productrice de véhicules propres en Europe, n’ont pas de sens. L’industrie automobile allemande est en avance sur la nôtre, c’est la réalité des faits. Prétendre vouloir la battre à l’occasion de cette crise est irréaliste et enfantin.

L’enjeu n’est pas là. Il s’agit aujourd’hui sortir la filière automobile française de l’impasse dans laquelle le confinement strict l’a placé, pas de disputer la première place à l’Allemagne. Cela viendra ensuite Il en va de même pour les vacances. Présenter comme quasiment antipatriotique de passer ses vacances en Italie ou en Grèce nous expose au risque de voir tous nos partenaires faire de même, ce qui serait préjudiciable aux intérêts de la France et constituerait un match perdant pour nous tous. Il n’y a aucun sens à promouvoir une mutualisation des dettes des pays de l’Union, tout en les traitant en rivaux plus qu’en partenaires.

Construire l’Europe, c’est aussi renforcer sa stature stratégique. Le silence collectif de l’Union face aux menées liberticides de la Chine à Hongkong nous déshonore. En la matière, l’Amérique de Donald Trump se montre beaucoup plus courageuse et lucide que nous. Elle nous indique la voie à suivre. C’eût été le rôle de la France de tirer l’Union vers le haut en prenant la tête du combat visant à mettre un coup d’arrêt à la stratégie expansionniste et totalitaire de la puissance chinoise.

C’est parce que de Gaulle n’a pas eu peur, parce qu’il a parlé d’égal à égal avec Roosevelt, Churchill ou Staline, que nous avons gagné notre place parmi les vainqueurs de la Seconde guerre mondiale, que nous avons obtenu un siège au Conseil de sécurité de l’ONU et que la France a reconquis son rang. La place de notre pays n’est pas celle d’un vassal silencieux et servile de la Chine, mais d’une puissance lui parlant d’égal à égal au sein d’une Europe unie. C’est ainsi, et pas en allant commémorer la bataille de Montcornet, que nous nous montrerons dignes de la France et de son héritage.

C’est la seconde urgence. Nous devons retrouver nos valeurs et notre liberté. Venant après plusieurs années de flottement et de renoncements, au nom d’abord de la lutte contre le terrorisme islamiste, puis de la réponse au soulèvement des Gilets jaunes, les deux derniers mois ont constitué une descente aux enfers pour nos libertés publiques. La Cour de cassation vient enfin de se réveiller, et de racheter un peu la lâcheté du Conseil constitutionnel et du Conseil d’Etat, en censurant la prolongation automatique des détentions provisoires imposée par le gouvernement en mars. Il était temps. Que de dignes ont cédé entre-temps !

Le pouvoir a utilisé le ressort de la peur, de la panique même, pour faire rentrer les Français chez eux et leur faire accepter ces restrictions immenses avec docilité. Personne ne peut en être fier. Comme l’a justement analysé Marcel Gauchet le week-end dernier, la peur et la soumission sont à l’opposé du civisme. Ce dernier suppose une appréciation raisonnée du danger et la prise en charge responsable des contraintes que la situation impose. Le risque est grand que les injonctions gouvernementales de se méfier de son prochain et de rester chez soi marquent durablement notre vie collective.

C’est notre responsabilité. Il faut reconstruire tout l’édifice politique et juridique qui a été détruit depuis deux mois et demi, rebâtir les digues qui n’auraient jamais dû être abattues et rétablir les Français dans leurs droits fondamentaux.

C’est notre combat. Nous voulons une France et des Français libres, une France sortie de l’ornière où elle vient d’être plongée, une France redressée sur le fondement de son histoire et de ses atouts, une France osant de nouveau parler aux autres grandes puissances d’égal à égal, une France fière et défenderesse des valeurs qui font sa grandeur, au sein d’une Europe unie et solidaire.

Ensemble, construisons cette France, la France que nous voulons, avec tous les Français libres et soutenus par l’Esprit qui fait la force de notre peuple !

Bon et beau week-end à toutes et à tous, portés par le souffle de la liberté que nous allons retrouver

François Vigne

Président de la France en marche
 

Statistiques du coronavirus au 28 mai 2020 au soir

Pays

Population (millions)

Nb de cas

Nb de morts

Morts par hab

Etats-Unis

330

1 691 342

99 883

0,0303%

Espagne

47

236 259

27 118

0,0577%

Italie

60

232 139

33 072

0,0551%

France

67

145 746

28 530

0,0426%

Allemagne

83

181 524

8 248

0,0099%

Royaume-Uni

67

267 240

37 542

0,0560%

Turquie

83

159 797

4 431

0,0053%

Belgique

11

57 592

9 364

0,0851%

Suisse

9

30 776

1 917

0,0213%

Pays-Bas

18

45 768

5 871

0,0326%

Canada

38

88 201

6 760

0,0178%

Brésil

210

391 222

24 512

0,0117%

Portugal

10

31 292

1 356

0,0136%

Autriche

9

15 997

624

0,0069%

Corée du Sud

51

10 806

255

0,0005%

Russie

144

362 342

3 968

0,0028%

Israël

9

16 793

281

0,0031%

Suède

10

35 088

4 220

0,0422%

lfm_2016