Chers Amis,

L’Europe ne va pas bien. Elle a même encore reculé depuis un an. Après la réélection de Victor Orban en Hongrie et la victoire de Sebastian Kurz en Autriche, les législatives italiennes de mars ont vu un nouveau succès des forces hostiles à l’Union. Personne ne peut mettre en doute les convictions européennes du chef de l’Etat. Mais il est clair que sa méthode ne marche pas.

Les frappes americano-britannico-françaises en Syrie du week-end dernier ont démontré que l’Europe de la défense n’existe pas. Elle supposerait une souveraineté européenne qui n’est pas à l’ordre du jour. Une fois encore, le seul consensus possible eût été l’inaction. Nous devons en tirer toutes les conséquences et nous donner les moyens d’une défense souveraine.

Les entretiens Merkel-Macron de jeudi à Berlin ont également témoigné du fossé qui sépare désormais l’Allemagne de la France. Pour nos voisins allemands, la priorité n’est pas aux discours, mais à la responsabilité et à la compétitivité, préalables à tout nouveau développement.

Plus fondamentalement, l’arrogance française agace. Elle a justifié la constitution, autour des Pays-Bas, du groupe de huit États du centre et du nord de l’Europe hostiles aux propositions d’Emmanuel Macron sur la zone euro. Elle a aussi servi d’argumentaire aux partis anti-européens italiens lors de la campagne électorale du début d’année.

Dans l’intérêt de la France et de l’Union, il y a urgence à changer de méthode, ce qui ne veut pas dire être moins ambitieux. Nous devons en particulier sortir de la vision étatiste et centralisatrice qui n’a, loin de là, pas démontré son efficacité. Il est temps également de renoncer aux vieux slogans éculés sur la création d’un parlement ou d’un ministre de la zone euro, dont personne ne veut.

Mais nous devons aussi mettre un terme aux dysfonctionnements de l’Union, à commencer par ses affaires de gouvernance. L’affaire Selmayr, acte de népotisme caractérisé, est une honte pour l’Europe. De telles pratiques ne sont plus acceptables et la France aurait dû agir ! Voici trop longtemps que nos dirigeants nationaux ont privilégié la nomination, aux postes clefs de l’Union, de personnalités qui ne risquaient pas de leur faire ombrage ou concurrence. Si nous voulons donner un avenir à l’Europe, l’heure est venue d’y nommer des responsables dignes de ce nom et de mettre un terme à la triste farce Juncker.

Il faut sans plus attendre réformer les politiques de frontière et d’immigration. Le règlement de Dublin, qui perpétue les accords Schengen de 1985, est obsolète. Nous ne pouvons plus nous contenter d’abandonner la responsabilité de la gestion des demandes d’asile aux seuls pays de première entrée, en pratique l’Italie et la Grèce principalement. Nous devons aujourd’hui définir et mettre en place de nouvelles règles garantissant sécurité et solidarité, dans le respect des principes fondamentaux de dignité, liberté et humanité qui font la grandeur de notre civilisation. Voilà ce que les peuples des pays de l’Union attendent de leurs gouvernants !

C’est parce que nous passerons des discours aux actes, de l’esprit de défausse à celui de responsabilité et des vieilles lunes aux idées neuves que nous pourrons réenchanter l’Union et lui donner un avenir. C’est d’autant plus nécessaire que les Français ont confirmé leur profond attachement à l’Union, ainsi qu’à l’euro, lors des dernières consultations. Le chemin de croix du Brexit témoigne quotidiennement de l’impasse d’une voie solitaire. Comme vient encore de le démontrer l’affaire Facebook, notre intérêt commun est d’unir nos forces : l’Union fait la force !

Il revient dans le même temps à ceux qui exercent le pouvoir de répondre aux peurs des peuples face au traumatisme encore prégnant de la crise de 2008, face aux changements rapides du monde, face aux contraintes de la mondialisation, face aux risques du terrorisme islamiste et des migrations et face à l’approfondissement des inégalités. Ces préoccupations, ces angoisses sont réelles. Elles sont légitimes. Elles doivent recevoir des réponses concrètes et efficaces.

C’est notre responsabilité à nous Français, nous les héritiers de Charles de Gaulle, de Robert Schumann et de Jean Monnet, de relever ce défi avec force et détermination, grâce à la puissance de nos idéaux et la force de notre histoire, et de faire triompher la liberté, la paix durable et le progrès véritable. Ensemble, bâtissons la France et l’Europe que nous voulons, une France et une Europe meilleures !

Bon week-end à tous

François Vigne

Président de la France en marche

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