Chers Amis,

La séparation ne justifie pas l’abus, ni l’excès de pouvoir ! En agitant le spectre de l’atteinte à son indépendance, l’exécutif confirme qu’il n’est pas sorti des pratiques de l’ancien monde, ni des mauvaises habitudes qu’il avait condamnées pendant la campagne de 2017. Il se trompe de combat. Plutôt que de polémiquer, le sens des responsabilités impose de modifier en profondeur le fonctionnement de l’Elysée pour que ne puissent jamais se reproduire les graves dysfonctionnements auxquels nous avons assisté et de faire partir les responsables de ce naufrage.

L’affaire Benalla empoisonne la France depuis le 18 juillet 2018. Elle est le point déclencheur de la crise continue que nous avons vécue depuis, marquée notamment par la démission de Gérard Collomb, celle de Nicolas Hulot, la révolte des Gilets jaunes et la paralysie totale du pouvoir qui en a résulté. Contrairement au message que diffuse la propagande élyséenne, elle est grave et n’est pas la seule expression d’une déviance individuelle.

Elle reflète au contraire un défaut d’organisation et de contrôle de l’état-major présidentiel et la dérive d’un pouvoir qui s’est cru au-dessus des lois, ainsi que des principes fondateurs de notre République. Au-delà des risques qu’ils ont fait courir à la protection personnelle du président français, les pouvoirs conférés à Alexandre Benalla ont mis en danger la sécurité de l’Etat et nos intérêts nationaux, comme en témoignent les dernières révélations sur les relations développées par le conseiller élyséen avec des groupes russes ou chinois. L’avoir placé au cœur de l’appareil exécutif était irresponsable. Toutes les mesures doivent être prises pour empêcher la reproduction d’un tel fiasco.

L’indépendance dont le Sénat et sa commission transpartisane ont fait preuve depuis le début de cette affaire, malgré les tentatives d’intimidation ou de dénigrement, confirme son rôle essentiel pour notre démocratie. C’est pour cela qu’il faut combattre le projet poussé par la majorité d’une fusion du Sénat et du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) au sein d’une unité unique aux pouvoirs rognés. La bonne réforme institutionnelle serait de supprimer le CESE, tout en renforçant les moyens du Sénat, ainsi que l’indépendance d’esprit de l’Assemblée nationale, qui ne sort pas grandie de l’affaire Benalla.

Martine Schiappa a aussi commis une faute condamnable en évoquant « l’existence d’une convergence idéologique entre la Manif pour tous et les terroristes islamistes ». L’amalgame déshonore son auteur. Il participe de cet esprit de confusion qui sape les fondements de notre nation et favorise la montée des extrêmes. Les petits calculs politiques et la volonté de faire diversion ne justifient pas tout ! Les excuses d’hier soir étaient undispensables. Mais c’était aussi la responsabilité du chef de l’Etat de son Premier ministre de sanctionner ce grave dérapage et ces propos dégradants.

Sur le fondement de ses déclarations de décembre, nous pouvions espérer qu’Emmanuel Macron avait tiré les leçons des dégâts causés par ses propres écarts de langage et ses formules à l’emporte-pièce, qui blessent, divisent, agacent ou exaspèrent. En profitant jeudi de l’échec des négociations sur l’assurance-chômage pour mettre de nouveau en cause les partenaires sociaux et le paritarisme, le président de la République démontre qu’il n’a rien compris ou qu’il est incapable de se contrôler.

Il est urgent que cela cesse pour permettre à la France de sortir enfin de l’interminable crise dans laquelle l’attitude de l’exécutif l’a plongée. Aujourd’hui comme demain, notre pays n’a pas besoin d’un président qui clashe, qui provoque ou qui fracture, mais d’un président qui apaise, qui guide et qui rassemble.

C’est d’autant plus nécessaire que les enjeux sont immenses. Il est profondément regrettable qu’à trois mois des élections européennes, le sujet soit toujours laissé de côté et que le pouvoir ne concentre pas les esprits nationaux sur cette échéance fondamentale. Comme sous François Hollande, les élections européennes vont être les victimes collatérales des contingences politiques domestiques. Il est pourtant primordial de donner aux Français les moyens de voter de manière éclairée et de choisir la meilleure voie pour permettre à notre pays d’aller de l’avant et de prendre toute sa place au sein d’une Union à faire évoluer en profondeur.

C’est notre volonté de nous concentrer sur l’essentiel et d’offrir à nos concitoyens un projet politique au service de la grandeur de la France et du bien commun. La dégradation de la vie politique dénoncée par Alain Juppé et beaucoup de ses acteurs actuels ou passés n’est pas une fatalité. A l’exemple de la mobilisation entière des agriculteurs pour leurs terres, leurs  exploitations et pour notre alimentation collective, mettre un terme à cette décomposition politique suppose une détermination totale et l’engagement de tous ceux qui accepteront de renoncer au confort du moment pour se mettre au service de la nation entière et de son avenir. Cela implique aussi votre soutien.

Ensemble, faisons le choix du meilleur pour la France et l’Europe. Offrons-leur le destin qu’elles méritent !

Bon week-end à tous

François Vigne

Président de la France en marche

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