Chers Amis,

Les dix prochaines années se jouent aujourd’hui. Notre pays et le monde cheminent sur une ligne de crête. Sur le front sanitaire, comme sur celui de l’économie, il n’y a pas loin de la sortie de crise à la rechute. Dans un monde aussi instable, avec une incertitude si forte, nous ne pouvons plus nous contenter d’agir comme avant, même quand nous le faisions bien, et encore moins quand ce n’était pas le cas. Pour gagner la bataille de l’avenir, agilité, réactivité et créativité seront clefs, tout comme notre capacité à ne pas dévier des valeurs qui font la force de la France.

C’est cette agilité et cette réactivité qui ont manqué à la France depuis le début de la crise sanitaire. Nos gouvernants ont toujours eu un temps de retard. Qu’il s’agisse de la prise de conscience initiale sur l’ampleur de la menace, de l’interruption des liaisons aériennes avec la Chine, des respirateurs, des masques, des tests, du déconfinement, de l’application Stopcovid, etc., et en dehors même de la question de la pertinence de chacune des mesures précitées, l’exécutif français, est, comme les carabiniers italiens et selon la juste formule d’Offenbach, arrivé toujours trop tard.

Les résultats sont là. Le FMI estime désormais que nous serons, aux côtés de l’Espagne et de l’Italie, l’un des pays du monde le plus touché, avec une chute de 12,5% du PIB contre 7,8% seulement pour l’Allemagne. Le problème est que la situation n’est pas réglée. Nous devrons attendre septembre pour connaître le plan de relance proposé par l’exécutif, alors que nos voisins allemands ont déjà mis en place le leur depuis un mois… Pendant que les dirigeants français procrastinent, les pays mieux gouvernés accentuent leur avance.

Il faut inverser cette dynamique. Dans cette perspective, il est urgent de faire confiance aux Français et preuve de beaucoup plus de créativité. Les Français ont démontré une forte réactivité depuis le début de la crise sanitaire en adaptant très rapidement leurs comportements et en se montrant agiles pour saisir les opportunités, fiscales ou autres, qui leur étaient offertes. Le gouvernement doit en tirer les conséquences.

Tous les indicateurs démontrent que nos concitoyens épargnent au moins la moitié des sommes qui leur sont allouées par les pouvoirs publics pour amortir la crise. Ce sont autant de moyens inutilement dilapidés. Fort de ce constat, l’exécutif devrait corriger le tir et privilégier l’intervention directe en investissant, par exemple, dans la rénovation thermique du parc immobilier de l’Etat ou l’électrification de son parc automobile. Cela assurerait une relance beaucoup plus efficace de l’économie.

De même, il est temps de mettre fin au recours aux commissions et autres comités Théodule. L’exécutif les multiplie, la soi-disant « mission indépendante d’évaluation de la gestion de la crise du coronavirus » annoncée hier par l’Elysée en constituant le dernier avatar. C’est une vieille recette pour tenter d’étouffer les problèmes. Mais pendant que nous perdons du temps en palabres, d’autres progressent. C’est d’autant plus dommage pour les Français qu’ils ne sont pas dupes. La multiplication des annonces, loin de rassurer, donne le tournis. Elle témoigne aussi d’une incapacité à décider. Pendant que le gouvernement français saupoudre, l’Allemagne a choisi de focaliser son plan de relance sur quelques priorités stratégiques, ce qui est une bien meilleure façon de préparer l’avenir.

Nous gagnerons le nôtre en étant plus agiles, plus créatifs, plus audacieux et plus manœuvrants. Mais aucun succès ne sera durable si nous trahissons nos valeurs et les principes qui font la grandeur de notre nation. De ce point de vue, la Convention citoyenne pour le climat constitue un pas dans la mauvaise direction. Le recours au tirage au sort est une régression par rapport au scrutin démocratique qui fonde l’élection. Le fait que cette loterie ait été effectuée parmi des volontaires, sans aucune véritable règle de représentativité, ainsi que le façonnage de l’opinion des membres de la Commission par de soi-disant experts, la privent de toute légitimité.

Le rapport qu’elle a rendu public dimanche dernier illustre ces faiblesses. Même s’il contient certaines mesures intéressantes, il est globalement décevant, manquant de créativité, de réalisme et d’audace tout en même temps. En particulier, il ne tient aucun compte des enseignements de la crise sanitaire que nous traversons. Comment peut-on, par exemple, continuer à recommander la fin de toute production de plastique dans notre pays, quand la crise du coronavirus nous a obligés à y recourir massivement ? Voulons-nous vraiment nous rendre dépendants demain de la Chine ou d’autres États, comme nous l’avons été pour les médicaments qui nous ont fait cruellement défaut au début de la crise ? Surtout et encore plus gravement, le rapport de la Commission ne semble reposer sur aucune vision de l’homme, seule querelle qui vaille comme le rappelait le général de Gaulle, « l’homme qu’il s’agit de sauver, de faire vivre et de développer ».

Il est urgent de sortir de la gestion actuelle à la petite semaine et de la soumission aux modes éphémères pour reprendre de la hauteur et voir loin. Je ne prendrai qu’un seul exemple, celui de la politique familiale. Après huit années d’errance, des parlementaires de la majorité recommandent enfin de revenir sur la modulation des allocations familiales en fonction des revenus et de rétablir le principe d’universalité. Les couples avec enfants ont en effet été ponctionnés jusqu’à quatre fois plus que les couples sans enfant pendant cette période ! Il ne fallait pas être grand clerc pour prévoir que ce matraquage fiscal et la réduction massive du soutien aux familles auraient des effets désastreux sur la natalité. Bien est de le reconnaître. Encore mieux eut-il été d’éviter de faire perdre autant de temps à notre pays par démagogie, clientélisme et sectarisme.

Cette même volonté de rester fermes sur nos bases et sur les valeurs qui fondent notre communauté nationale doit nous pousser à nous indigner face aux manipulations du parquet dans l’affaire Fillon ou aux écoutes illégales dans l’affaire Sarkozy. C’est pour cela aussi que nous devons refuser le report des élections régionales après la présidentielle, comme nous aurions dû être plus nombreux à exiger que les élections municipales soient annulées pour être réorganisées à la rentrée, dans des conditions appropriées de sérénité et de sécurité. Il faut en être conscient. La fatigue citoyenne constitue la plus forte menace pour notre République, celle dont cherchent à profiter tous les ennemis de notre démocratie et de nos libertés.

Il nous revient d’écarter ce danger. Comme toujours dans l’histoire, c’est par notre mobilisation collective, par notre énergie, par notre travail et en nous rassemblant que nous assurerons le relèvement de la France. Ensemble, offrons-lui, ainsi qu’à nos enfants et à nos petits-enfants, l’avenir qu’ils méritent dans la liberté, la grandeur et la prospérité partagée.

Bon week-end à tous

Amicalement

François Vigne

Président de la France en marche

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